10 novembre, 2006

Les joies de la recherche d'emploi

Autant le dire d'avance: avec moi, tout le champ lexical et sémantique autour du boulot et de sa recherche est devenu vocati non grati (adaptation bancale de persona non grata).

Non, je n'ai pas encore de boulot. Oui, pourtant mon cv devrait intéresser, mais dès lors que tu ne programmes pas nativement en Java ou que tu n'as pas une formation en SAP (pour lequel la seule formation possible se fait en entreprise) ou que tu ne vois pas pourquoi les emplois pour du Visual Basic 6.0 sont taggés "Web", et bien là, tu as beau avoir étudié l'informatique et l'infographie pendant 6 ans, tu fais la queue, comme tout le monde, et tu te fais souffler ta place par le neveu du cousin de Machin ou par un gars qui sort de 7e professionnelle à l'IATA et qui coûtera moins cher que toi.

Quand tu téléphones, avec ta voix la plus aigue et la plus déférente, à une société pour obtenir le nom de la personne en charge des ressources humaines (même si tu te doutes qu'ils sont grand max 5 à bosser dans un grenier), histoire de lui envoyer personnellement ta candidature, crois-tu que la personne qui décroche t'épargnerait d'envoyer ton courrier en te disant d'avance que l'équipe est au complet?
Mais noooon voyons c'est tellement plus rigolo de recevoir la lettre de motivation: c'est toujours épatant de voir comment ces pauvres jeunes sans emploi se débrouillent pour faire croire à une super-motivation à travailler chez Muche et pas ailleurs, alors qu'ils en sont à leur 20ème lettre de (dé)motivation et qu'au final, ils en seraient presque à faire du publipostage en changeant juste les noms des sociétés.

Parce que si les premières sociétés dans lesquelles tu postules c'est celles qui t'intéressent vraiment, et qui "n'ont malheureusement pas de poste vacant actuellement mais gardent néanmoins vos coordonnées en réserve pour une éventuelle collaboration ultérieure et te souhaitent beaucoup de succès dans la recherche de boulot, cordialement, Koen Deboer, Ressources Humaines", après, tu postules tous azimuts et ça devient un peu coton de faire croire à une société de communication perdue sur les hauteurs de Liège ou dans un quartier pourri de Molenbeek que tu as SU-PER envie de bosser pour eux, merde tu es né pour ça!

Quant au succès qu'on me souhaite à la fin de chacun des mails préformatés qu'on m'adresse pour m'envoyer bouler poliment, si je pouvais le prendre tout en même temps et le mettre sur un job, ça m'arrangerait. Autant que ça serve, même si ça suinte l'hypocrisie...

Cet après-midi je vais au Job Days Spécial IT à Bruxelles. "Entretien d'embauche sur place". Tiens, ça va être marrant d'entendre en vrai "nous n'avons malheureusement pas de poste vacant actuellement mais nous gardons néanmoins vos coordonnées en réserve pour une éventuelle collaboration ultérieure et nous vous souhaitons beaucoup de succès dans la recherche de boulot, cordialement, Koen Deboer, Ressources Humaines" (moi aussi je sais faire du copier-coller et le modifier légèrement).

Je vais finir par reprendre l'exemple de Bridget Jones:
"pourquoi vouloir travailler ici?"
"parce que malgré mon cv, dont vous n'avez pas souvent dû en voir des pareils, y a personne qui veut de moi parce que je ne suis ni senior SAP ni senior J2EE, et que malgré que je connaisse le Java je veux pas en faire, je suis infographiste avant tout, et que j'ai pointé votre entreprise au hasard dans les Pages d'Or. Vous avez de la place ou pas?"

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