Ce matin, je discutais avec Aline, une amie rencontrée à l'IESN, qui, comme moi, a continué des études après l'IESN, et qui, comme moi, a envie de continuer l'année prochaine (DES en Droit et Gestion des TIC pour elle, bachelor en géologie pour moi). Sauf qu'elle, elle va probablement le faire, et que moi, ça restera un rêve inabouti.
Elle me demandait comment ça se passait, de gérer les examens, le mémoire et la préparation du mariage, de front. Dans le sens où la préparation du mariage est un peu mise en pause pour le moment, ça va, c'est pas trop stressant. Il faut donner le dernier coup de collier pour finir ça, et ça ira.
Mais c'est ce "le" dernier coup de collier qui me fait le plus peur. C'est "le" dernier coup de collier, pas "un" dernier coup de collier. L'année prochaine en juin, il n'y aura pas de coup de collier à donner, parce qu'il n'y aura pas d'examens. Ce blocus est mon dernier. Mon examen de communication sera le dernier examen que j'aurai. Ma défense de TFE sera la dernière fois que je mettrai les pieds dans une école en tant qu'étudiante régulière.
Après, j'aurai 4 mois pour gérer la transition entre ma vie actuelle, celle d'étudiante, que je mène depuis 21 ans, et ma vie de femme. En 4 mois, je vais terminer ma scolarité, chercher (et, j'espère, trouver) un emploi, me marier, chercher (et, je l'espère, toujours, trouver) une maison et fonder (rapidement, je ne supporterai pas de devoir attendre 6 ans comme mes parents) une famille. J'entrerai dans la période active, qui se terminera vers 50 ans, par la pension... Et la ménopause. Je ne pourrai plus travailler ni porter d'enfant, et j'entrerai dans la troisième et dernière partie de ma vie, celle où tout fout le camp, et où chaque jour qui passera me rapprochera de la date de ma mort.
Oui, c'est très pessimiste comme tableau, mais c'est mon sentiment actuel. C'est la fin d'une période de ma vie, l'entrée dans une deuxième, et la crainte de la troisième. Je vois la peau de mes mains se creuser, devenir moins souple et tendue que celle de ma petite soeur. Mes mains ne sont plus celles d'une petite fille, mais d'une femme. Quand je souris, le coin de mes yeux se plisse.
Dernièrement j'ai vu ma Maman en sous-vêtements, et j'ai vu qu'elle commençait à avoir des jambes de vieille femme. On avait ri quand elle a eu ses premiers cheveux blancs, on a fêté ses 50 ans dans la bonne humeur. Mais quand elle se plaint de son bras qui lui fait mal, de ses genoux qui ne la tiennent plus très bien, je m'oblige à dire que non, ce n'est pas passager, ce n'est pas dû à un faux mouvement, et que le kiné ne fera que la soulager. Ma Maman vieillit, et moi aussi.
J'ai peur de vieillir.
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